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Echos de la presse
les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir


Joli temps pour mourir !

Mettant en scène une pièce saisissante de la dramaturge néerlandaise Suzanne van Lohuizen, Michel Dieuaide ose parler de la mort à un public jeune.

Dans sa pièce Les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir, écrite en 1999 et accessible dès six ou sept ans, Suzanne van Lohuisen ne s’embarrasse pas de faux-semblants. La dramaturge s’empare de son sujet, la mort, à bras le corps, sans l’édulcorer ou l’entourer de prudentes et hypocrites distances. Elle nous met en présence de trois vieux amis au moment où ils reçoivent une lettre venue d’on ne sait quelle provenance, qui les informe que tout est fini, qu’ils s’apprêtent à vivre leur dernier jour, « le der des ders » comme souligne l’un d’entre eux. Mais contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est pas là le prétexte à une œuvre larmoyante ou cédant à une fascination morbide.
FRANCHE DÉCONNADE
En effet, même si la pièce offre une image radicale de la vieillesse et de son horizon dont les frontières se précisent inexorablement, c’est aussi un hymne à la vie. Le texte dépeint d’abord le refus en bloc des trois compères de l’annonce qu’il leur a été faite. Partant du principe qu’ils n’ont absolument « pas le temps de mourir », ils se lancent dans des frénétiques parties de rigolades et d’émouvantes évocations de souvenirs enfouis, avant de consentir à (se) faire leurs adieux.


La mise en scène de Michel Dieuaide, dans un décor qui fournit un bel espace de jeu, relaie efficacement les différents registres que développe l’œuvre. Il fait ressortir sa subtilité en montrant comment le refus du premier laisse imperceptiblement la place à une acceptation raisonnée de la fin annoncée. Il offre à Philippe Guini, Henri-Edouard Osinski et Alain Sergent l’occasion de donner à leur rôle toute l’humanité nécessaire sans nuire à leur force comique. Enfin il prouve avec ce spectacle que la mort reste un sujet passionnant, émouvant et même jubilatoire. Que l’on vienne d’avoir l’âge de raison ou que l’on ait laissé depuis belle lurette, notre enfance derrière nous…

Lyon Capitale - Nicolas Blondeau


Jeux d’enfants

Au TJA, Michel Dieuaide et son équipe fétiche donnent un spectacle courageux, drôle et émouvant autour de la mort, thème pourtant délicat pour le jeune public.

Mon premier est un auteur néerlandais, figure emblématique du théâtre pour le jeunesse, dont la particularité est d’aborder des thèmes qui paraissent, a priori, qraves et décalés. Après « Le garçon dans le bus » et « Tu n’as pas vu mon petit garçon ? », déjà montés au TJA, Suzanne van Lohuizen fait son retour à Lyon avec un texte audacieux et subtil qui aborde le concept de mort avec lucidité et drôlerie : « Les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir ». Mon deuxième est une équipe artistique reconstituée autour de Michel Dieuaide (avec notamment le retour de Jean-Jacques Monier à la création lumière), qui livre une mise scène sobre et réaliste guidée par la règle des trois unités : une journée, un lieu, une action. Un parti pris qui confère clarté et fluidité au propos, sans pour autant négliger sa dimension poétique et fantasmagorique. Mon troisième est une triplette de comédiens étonnants, unis dans leur jeu par une complicité évidente et mus par une énergie qui incite le (jeune) spectateur à « entrer » dans leur univers, malgré son indéniable gravité.
Mon tout est une pièce osée, intelligente et drôle, en tous points réussie, que le jeune public ne doit pas manquer, tant elle détonne par sa profondeur, son accessibilité et son humour. Pour Ernest, Désiré et Stanislas, c’est le dernier jour. Une lettre leur apprend au saut du lit qu’ils seront morts le soir même. Mais les trois acolytes sont bien décidés à ne pas se laisser faire. Commence alors une course contre la montre (contre la mort) cocasse et humoristique, où les condamnés enchaînent les situations loufoques pour tenter de nier l’inéluctable. De l’hilarante oraison funèbre faite en l’honneur de la théière « décédée », à l’énumération délirante des projets à réaliser avant de mourir (qui nous rappelle Boris Vian, avec « Je ne voudrais pas crever avant d’avoir… »), on est même surpris, ou gêné, de s’amuser autant. Mais peu à peu, les rires s’estompent et laissent place à une réelle émotion. Lorsque la Faucheuse vient frapper à la porte, les trois petits vieux ont beau gesticuler sous une table, la réalité est là, abrupte et sans issue. C’est la grande force de ce texte : aborder la mort de front, sans faux-fuyants. Y réfléchir. En rire. Bien sûr, en pleurer. Avec franchise, tendresse et dignité.

Le Petit Bulletin – Yann Nicol


Les trois petits vieux qui apprennent à mourir

Ce sont trois petits vieux qui, un matin, reçoivent une lettre leur signifiant que ce jour qui commence est le dernier de leur vie. Ce n’est pas qu’ils en fassent grand chose, mais ils y tiennent, eux, à leur vie. Comme à une vieille habitude. Aussi refusent-ils tout net cette idée de disparaître enfourchant illico de fringants rêves qui les emmènent au somment de l’Himalaya, au fin fond du désert… Des imaginations qui, même sur canapé, ne sont plus de leur âge, ils s’en rendent vite compte. Ils auront beau ruer des quatre fers, l’arthrose sera la plus forte, et la camarde, bien sûr, aura raison de leur résistance. Avant leur dernier sommeil, ils auront pris le temps, toutefois, de s’interroger sur leur vie, sur ce que c’est qu’une « belle vie », de se dire qu’ils s’aiment.
On ne peut rien contre l’inéluctable. On peut toutefois l’apprivoiser. Et l’important c’est de vivre. De savoir vivre. C’est la leçon de cette fable drôle et émouvante qui, avec beaucoup de finesse , s’adresse à de jeunes enfants. L’auteur, pour aborder le thème de la mort, choisit celle des vieilles gens, qui en soit est la plus « acceptable », elle a quelque chose de naturel. Stanislas, Ernest et Désiré après avoir affirmé qu’ils vivront « éternellement » ne reconnaissent-ils pas, finalement que, l’éternité, c’est un peu long ? Suzanne van Lohuizen a de plus l’intelligence de mêler dans son approche des choses et dans ses mots, les univers de l’enfance et de la vieillesse. La passerelle ainsi jetée entre les âges, rend plus aisément la transmission de son message. Les personnages eux-mêmes ont une part d’enfance qui les fait cousins de Riri, Fifi et Loulou. Les enfants, d’ailleurs, rient beaucoup à ce spectacle. Des facéties « involontaires » et des réflexions bravaches ou drôlatiques des trois petits vieux, autant que de leurs peurs, et même de leurs chagrins. Un rire de défense, sans doute, mais aussi de complicité.
Dans ce spectacle, il y a des rires inquiets, des sourires nostalgiques et du recueillement, des larmes et des morts sans que ce soit triste et encore moins sombre. La réalité de la mort, de la séparation, du deuil est pourtant dite avec des mots francs. On pense à l’évocation, du cadavre par exemple, dont, nous dit-on, il ne restera qu’os et dents quand les vers seront passés par là… Mais ces mots sont justes et simples.
Commencé dans la fantaisie insolite, un peu lourde, le spectacle développe progressivement et impose dans sa seconde partie une émotion de plus en plus prégnante. Cette émotion est portée par la mise en scène (moins « carrée » que d’habitude) de Michel Dieuaide, qui procède de la même simplicité, du même humour, de la même tendresse que ceux de l’auteur, et atteint son paroxysme avec la scène où les vieux messieurs préparent matériellement leur départ pour l’autre monde, et s’apprêtent à regarder la mort en face. Tout cela amené, conduit, et joué, avec délicatesse.
Pour cette fable, Danièle Rozier, auteur de la scénographie et des costumes, a imaginé un décor tout simple, dont l’atmosphère varie selon les lumières modulées ou tranchées de Jean-Jacques Monier, et qui, dans son réalisme, est en même temps métaphore du grand départ. Philippe Guini, Henri-Édouard Osinski et le benjamin Alain Sergent, tous également justes, surtout quand l’émotion s’en mêle, donnent vie à ces trois petits vieux qui ne sont sûrement pas prêts de mourir dans les jeunes esprits qu’ils ont su toucher l’autre après-midi.

Lyon Figaro – Nelly Gabriel


Nouvelle jeunesse

Actuellement au TJA, « Les Trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir » est à ranger parmi ces moments rares parce qu’exceptionnels. A ne pas rater.Il y aura eu quatre rappels successifs à la fin de la première en après-midi. Doit-on y voir la manifestation du plaisir que les petits ont ressenti devant cette pièce qui traite de la mort ? Ont-ils plutôt compris le système du rappel et se sont-ils délecter en intervenant sur la vie des grands en les faisant revenir à leur guise ? Certainement un peu des deux. Mais aussi et selon les maîtresses présentes, les enfants voulaient être sûr que les comédiens « n’étaient pas morts ».
Voilà qui résume l’idée du texte de l’auteur néerlandaise Suzanne van Lohuizen, mis en scène par Michel Dieuaide. Selon lui : « C’est un leurre de croire que les petits ne pensent pas à la mort et ne sont pas capables d’appréhender, à leur niveau, tout autant son caractère irrévocable que la beauté de la vie ». Au vue des réactions en salles, on aurait bien tort de ne pas lui donner raison.
Trois comédiens sur scène : Philippe Guini, Henri-Édouard Osinski et Alain Sergent. Tous « anciens » du TJA. Ils interprètent respectivement Stanislas, Ernest et Désiré, trois « vieux » qui apprennent par courrier que la vie, c’est fini. Passé leur moment d’étonnement, ils arrivent à se convaincre que la mort, ce n’est pas pour eux. La vie est trop savoureuse. Alors ils retroussent leurs manches et annoncent qu’ils veulent faire le tour du monde, affronter le vent et la tempête, les mers et les déserts. Et puis…
La mort est traitée et décortiquée par les sentiments qu’elle suscite. Elle résonne au son de la vie et, en fin de compte, le texte l’aborde par son contraire. Alors on rit, on pleure, on a peur avec les comédiens. Ils offrent aux enfants une belle leçon de vie où l’espoir n’est pas uniquement spirituel, mais bien réel.

Le Progrès – B.V.


Les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir

« Amusons-nous comme des fous, la vie est brè..ve ! » La ritournelle bien connue donne d’emblée le ton à ce spectacle plein de gravité et d’humour qui ose proposer aux enfants une réflexion sur la mort… et, ce faisant, bien sûr, sur le sens de la vie. Le prétexte est limpide même s’il comporte sa part d’absurde : un matin au réveil, trois petits vieux, lointains cousins de Clov, Hamm et Godot, sont avertis par une lettre anonyme que lmeur vie est arrivée à son terme. C’est fini pour eux ! Ils ont dépensé tout leur forfait ! Mais Désiré, Ernest et Stanislas, bon pied bon œil encore, et la langue bien pendue, ne l’entendent pas de cette oreille (toujours valide !)
POUR DE FAUX
Avec cette nouvelle pièce de Suzanne Van Lohuizen, Michel Dieuaide tient le pari risqué de parler vrai aux enfants de ce qui les angoisse tout autant que nous. Mieux, il en profite pour leur donner une jolie leçon de théâtre, seul lieu au monde avec la cour de récréation où on peu mourir « pour de faux » et se relever frais et dispos. Le décor (signé Danièle Rozier) est tout simple : quelques éléments de mobilier encadrés par des fils de lumière où l’on reconnaîtra, au choix ou tout ensemble, la maison, le fil fragile de la vie, voire le rayon oblique de la peinture baroque suggérant que Dieu est désormais aux abonnés absents… la mise en scène regorge de petites trouvailles signifiantes et drôles, quant aux trois petits vieux, Henri Osinski, Philippe Guini et Alain Sergent, il y a tout lieu de croire qu’ils resteront vivants longtemps dans l’esprit des jeunes spectateurs.

Lyon Poche - Marielle Créac’h



Préparatifs pour la mortalité

A deux reprises déjà, Michel Dieuaide a monté des pièces de Suzanne Van Lohuizen, dramaturge néerlandaise (Le garçon dans le bus en 1995, et Tu n’as pas vu mon petit garçon ? en 1996) ; il entreprend ici une troisième création, une tragi-comédie inédite en France, qui ose briser un tabou et l’embarras (des adultes confrontés aux questions des enfants). Un spectacle résolument tous publics, des dialogues drôles et incisifs, des personnages attachants, une mise en scène remarquablement minutieuse et une scénographie inventive : de quoi passer un excellent moment de théâtre, à prolonger, bien sûr, après la représentation.
Ernest, Stanislas et Désiré, les trois petits vieux en question (interprétés respectivement par Henri-Edouard Osinski, Philippe Guini et Alain Sergent), se réveillent un beau matin et découvrent, pour la première fois depuis des années, qu’une lettre est arrivée : une missive anonyme et terrifiante qui leur dit sans prendre de pincettes : « Aujourd'hui est le dernier jour. Votre vie est finie. » Consternation générale... Il leur est impossible de croire que le grand départ est imminent et de se résigner à leur sort de mortels ! Et pourtant...
Comment raconter la mort aux enfants ? Comment leur parler d'un phénomène qui, paradoxalement, échappe à l'entendement des adultes et élude toute définition stable ? Peut-être, comme ici, en montrant que même les grands ou les « vieux » s'interrogent et ne savent pas tout. L'auteure propose plusieurs pistes en mettant face à nous trois grands-pères, explorateurs à leur manière : trois figures rassurantes — par leur âge supposé — trois grands gamins (sur scène, chacun a son petit nounours...) qui ont conservé leur sens de l'humour et leur curiosité d'enfant. Le choix des comédiens est particulièrement cohérent et l'on aimera la raideur pince-sans-rire de Stanislas, la bonhomie de Désiré et les yeux rieurs d'Ernest, un trio de vieux garçons solidaires : tout est placé sous le signe de l'échange, du partage et de la complémentarité, chaque personnage conservant cependant ses traits propres.
Va-t-on assister à un drame morbide, à une farce noire ? N’est-il pas maladroit, voire choquant, de recommander ce spectacle à de jeunes spectateurs, dans une société où il est aujourd'hui rare d'assister à la mort en face ? Certainement pas : les enfants acceptent plus facilement la vérité que le mensonge et la pièce présentée ici, tout en demeurant très réaliste (« Mourir, ce n'est pas des vacances » dit Stanislas), ne manque ni de poésie optimiste, ni d'espérance (ce qui n’est pas le cas d’une autre pièce de Suzanne Van Lohuizen, Le garçon dans le bus, terrible récit d’une enfance fracturée) ; la philosophie de ce spectacle pourrait se résumer à "(bien) vivre et (bien) mourir".

Sitartmag.com - Blandine Longre